Les apprentissages actifs avec le numérique : enseigner l'histoire de l'art aujourd'hui

L'entrée des femmes à l'École nationale des Beaux-Arts
 - carte postale d'Ernest Louis Désiré Le Deley, atelier Humbert, Paris, 1903 -

Depuis l’arrivée des femmes dans les Écoles des Beaux-arts au début du XIXesiècle, l’enseignement de l’histoire de l’art a évidemment grandement changé. Pourtant, comme le précisait Tony Bates dans « The origin of the classroom model » issu de son ouvrage consacré à l’enseignement à l’ère du numérique (Bates, 2015), le modèle traditionnel des classes du XIXe ont continué d’inspirer pendant longtemps la façon dont les disciplines sont enseignées dans les universités de nos jours. 

Malgré tout, l’apprentissage actif est de plus en plus utilisé dans les classes aujourd’hui. En effet, il est « fréquemment présenté en opposition à l’enseignement magistral, où les étudiants écoutent le discours d’un enseignant, selon une vision polarisée traditionnel vs actif qui rappelle les comparaisons entre les paradigmes de l’enseignement et de l’apprentissage » (Fournier St-Laurent et al., 2018 : 17). Privilégier les apprentissages actifs permet ainsi de redéfinir les rôles traditionnellement attribués au sein de la classe. L’apprentissage actif favorise « des méthodes d’enseignement qui placent les étudiants dans des contextes où ils accomplissent des tâches impliquant la recherche d’informations, la résolution de problèmes, la réflexion sur les actions à poser » (Fournier et al., 2018 : 17). En ce sens, le rôle du personnel enseignant s’apparente plutôt à celui de guide, tuteur ou « facilitateur » pourrait-on dire (Ibid. : 27). De plus, les apprentissages actifs sont aussi très présents grâce à l’intégration du numérique à l’Université. Avec les ENA, les activités sont plus diversifiées (travail collaboratif, groupes de réflexion et ateliers, classes inversées, blogs, wiki du cours, etc.) et la rétroaction sur les exercices s’effectue de façon plus rapide et efficace (Stockless, 2018 : 7). 

Dans ce contexte, l’enseignement de l’histoire de l’art est à mon avis particulièrement propice à cette forme d’apprentissage, car son principal support de médiation est l’image. Aujourd'hui, l'enseignement de l'histoire de l'art aurait donc tout intérêt à intégrer davantage les apprentissages actifs avec le numérique (Meloche et Buonincontro, 2018 ; Ross, 2013), car les avantages de cette formule pédagogique sont nombreux ! 

En voici deux exemples :

Art History Teaching Ressources
http://arthistoryteachingresources.org

Hébergée sur la plateforme Academic Works de la City University of New York (CUNY), le site Web de l’AHTR est un portail orienté vers la pédagogie et la pratique de l’histoire de l’art avec le numérique. Outre la publication d’un e-journal académique, l’AHTR offre à ses usagers l’accès à une communauté virtuelle de partage. Pour encourager les enseignant.es en histoire de l'art à poursuivre dans cette voie, elle propose une variété de ressources pédagogiques accessibles en ligne comme des plans de cours, des présentations PowerPoint, des activités à adapter en classe et aux musées. 

De plus, un autre exemple pertinent prouve sans contredit tout l'intérêt de choisir les apprentissages actifs dans ma discipline. Outre le fait qu'ils permettent une plus grande flexibilité et rétroaction sur les contenus enseignés en classe ou à distance, le développement des MOOC (Massive Open Online Course) est une des avancées les plus significatives de ces dernières années qui bouleverse nos façons d’enseigner (Bates, 2016 : 200-201). 

À la rentrée 2019, l’École du Centre Pompidou, en partenariat avec l’UQAM, a diffusé pour la première fois sur FUN (France Université Numérique) un MOOC consacré au Pop Art (disponible jusqu’au 12 janvier 2020). Les étudiant.es ont ainsi accès à un cours dynamique offert par des chercheur.es internationaux. Dans mon cours sur les paradigmes et enjeux des arts du XXe siècle, visionner ce MOOC et propose des tests en ligne aux étudiant.es sur le Pop Art pourrait être un préalable intéressant à l'analyse des oeuvres. N'est-ce pas finalement une bonne stratégie à adopter pour soutenir l'apprentissage et stimuler l’esprit critique des étudiant.es face à la prolifération des images aujourd’hui ?


L'École du Centre Pompidou, en partenariat avec l'UQAM, crée un MOOC sur le POP ART
Diffusion sur FUN (France Université Numérique) - 2019-2020 -
https://www.fun-mooc.fr/courses/course-v1:centrepompidou+167001+session01/about

Références :
Bates, T. (2016). L’enseignement à l’ère du numérique. Disponible en ligne: https://teachonline. ca/sites/default/files/pdfs
Fournier St-Laurent, S., Normand, L., Bernard, S. et Desrosiers, C. (2018). Les conditions d’efficacité des classes d’apprentissage actif . Montréal : Collège Ahuntsic.
Gosselin, P. (2013). Vivre son enseignement comme un travail de création: Entrevue avec Pierre Gosselin. Vision Teaser, 76, 6-9. 
Lison, C. et Jutras, F. (2014). Innover à l’université : penser les situations d’enseignement pour soutenir l’apprentissage. Revue internationale de pédagogie de l’enseignement supérieur, 30(1). 
Marshall, J. (2005). Connecting Art, Learning, and Creativity : A Case for Curriculum Integration. Studies in Art Education, 46(3), 227-241. 
Meloche, A. et Buonincontro, J.-F. (2018). Creativity-Integrated Art History : A Pedagogical Framework. Art History Pedagogy & Practice, 3(1), 1-22. 
Normand, L. (2017). L’apprentissage actif: une question de risques… calculés. Pédagogie collégiale, 31(1), 5-12. 
Ross, N. (2013). Teaching Twentieth Century Art History with Gender and Data Visualizations. The Journal of Interactive Technology and Pedagogy, (4). 
Stockless, A. (2018). Soutenir le processus d’enseignement-apprentissage des sciences et technologie avec un environnement numérique d’apprentissage. Utiliser les TIC dans le contexte de l’enseignement de la science et de la technologie, 93-108.

Commentaires

  1. Je conçois qu’il peut être tentant de choisir une méthode de transmission des savoirs lorsqu’on enseigne en histoire de l’art, mais tentant ne veut pas nécessaire dire que c’est un bon choix. Il est intéressant de voir des exemples d’intégration du numérique avec des méthodes d’apprentissage actif. Voici des exemples d’activités qui pourraient, je crois, s’appliquer dans ce domaine :

    -Jeux sérieux : ils pourraient être utilisés pour réviser une partie de matière (faire des associations avec des courants et des œuvres, remettre des faits en ordre chronologique…) ou comme reconstruction historique (Mortara, Catalano, Bellotti, Fiucci, Houry-Panchetti et Petridis, 2014). La réalité virtuelle pourrait aussi être utilisée.

    -Capsules vidéo : elles permettent de supporter des méthodes pédagogiques actives telles que la classe inversée et de rendre les travaux à la maison plus stimulants (Ammar, 2019). Il pourrait aussi être demandé aux étudiants de produire des capsules vidéo historiques en lien avec un sujet précis.

    -Visite virtuelle d’un musée : cela permet l’accès à certains musées plus lointains et ajoute une composante dynamique à l’étude d’œuvres. Il y a entre autres la plateforme Éducart qui pourrait être intéressante (Larouche, Ouellet, Simard et Deveault, 2019).

    Références
    Ammar, S. (2019). Quelle est la place de la vidéo dans une stratégie de pédagogie active? Récupéré de https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02284015
    Larouche, M.-C., Ouellet, K., Simard, D. et Deveault, M. (2019). Le numérique et la mission éducative des musées. Les Cahiers du numerique, 15(1), 181-215.
    Mortara, M., Catalano, C. E., Bellotti, F., Fiucci, G., Houry-Panchetti, M. et Petridis, P. (2014). Learning cultural heritage by serious games. Journal of Cultural Heritage, 15(3), 318-325.

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

L'alignement pédagogique et les stratégies d'apprentissage

L'histoire de l'art avec les MOOCs : défis et opportunités

La présence à distance : un enjeu d'une vive actualité !