La présence à distance : un enjeu d'une vive actualité !
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Face à la pandémie qui se répand partout dans le monde ces dernières semaines, aux mesures de confinement qui sont prises par les gouvernements, aux institutions d’enseignement dont les portes demeurent closes pour le personnel et les étudiant.es, je ne peux m’empêcher d’insister, en ces temps incertains, sur les avantages de l’enseignement en ligne pour rompre avec l’isolement.
Pendant que j’écris ce blogue, les équipes de la direction de plusieurs universités canadiennes étudient très concrètement la possibilité de muter les cours en présentiel à distance pour que les étudiant.es puissent terminer leur session d’hiver. Or, il apparaît clairement que cette option suscite également quelques inquiétudes de la part de la direction et du personnel enseignant. Consultée pour un article grand public du jeudi 19 mars dernier, Mme Odile Lagacé (Université Laval) précisait dans son rapport certains inconforts ressentis par plusieurs personnes quant à l’e-learning : « [...] l’utilisation des nouvelles technologies [...] a pour effet de mécaniser, de garder à distance et de dépersonnaliser les contacts, que ce soit par la classe virtuelle, les sites Web ou encore les systèmes téléphoniques » (Dion-Viens, 2020).
Or, le besoin de créer des communautés de partage n’a jamais été aussi urgent qu’aujourd’hui !
En effet, l’e-learning, avec le support des visioconférences, des forums ou des blogs permet des « types de communication collective dans un univers virtuel » (Jézégou, 2010 : 258). En s’appuyant sur les travaux de Moore et Garrison, Annie Jézégou s’intéresse d’ailleurs de plus près à « la présence à distance ». Tout en suggérant l’intérêt de mener des recherches substantielles pour consolider le modèle de Garrison (fondé sur la présence cognitive, sociale et pédagogique), la professeure concède que le « climat socio-affectif » est essentiel à la collaboration entre les apprenant.es tout en étant largement facilité par le rôle de coordination, de médiation et de guide de la personne enseignante (ibid. : 269). En ce sens, malgré l’éloignement géographique, la présence, même à distance, n’est pas une fiction. Si la structure n’est pas trop rigide, elle laisse la place au dialogue et réduit la distance transactionnelle (Moore, 2012). La présence à distance se consolide donc dans les échanges. Elle contribue au développement personnel (cognitif, social et éducatif) en responsabilisant chaque personne participante. Dans ces circonstances, elle accroît considérablement l’engagement dans les cours. Les visioconférences, les forums, ou les blogs invitent à des dialogues constructifs qui créent de nouveaux savoirs, ensemble !
La présence à distance influence donc positivement la perception de soi et des autres au sein du groupe qui se consolide autour d’un objectif commun : l’atteinte de compétences générales et spécifiques. J’encourage ainsi fortement ces pratiques dans le cadre de mes deux cours, habituellement donnés dans les salles de classe de l’université, pour construire des espaces inédits de collaboration.
Pour rompre avec l’isolement de ces derniers jours, pourquoi ne pas inviter mes classes à construire collectivement une exposition virtuelle et même organiser, comme le propose le Musée de Joliette, un évènement convivial : un vernissage à distance !
Références :
Dion-Viens, D. (19 mars 2020). « L’enseignement virtuel a aussi ses revers ». Le Soleil. Récupéré de https://www.lesoleil.com/actualite/education/lenseignement-virtuel-a-aussi-ses-revers-8c8af9bc5c1c598d1e02bfd1e65ccb18
Garrison, D. R. (2003). E-learning in the 21st Century : A Community of Inquiry Framework for Research and Practice. Routledge : ProQuest Ebook Central. Récupéré de https://ebookcentral.proquest.com/lib/uqam/detail.action?docID=4710094
Jézégou, A. (2010). « Community of Inquiry en e-learning: à propos du modèle de Garrison et d'Anderson ». Journal of Distance Education, 24(2) : 3-9.
Jézégou, A. (2010). « Créer de la présence à distance en e-learning ». Distances et savoirs,8(2): 257-274.
Moore, M. G. (2012). Handbook of Distance Education. Routledge. Récupéré de ProQuest Ebook Central: https://ebookcentral.proquest.com/lib/uqam/detail.action?docID=1114691
Moore, M. G. et O. Marty (2015). La théorie de la distance transactionnelle. Récupéré de https://halshs.archives-ouvertes.fr/file/index/docid/777034/filename/distance_transactionnelle.pdf
Musée des arts de Joliette : https://www.museejoliette.org/fr/quarantaine/semaine1-theme/
Effectivement, un virus a mis à l’épreuve, à plusieurs niveaux, l’enseignement supérieur. Plusieurs étudiants ont dû accepter le transfert de leurs cours en présentiel à des cours à distance et poursuivre leurs études sans dire un mot, car il fallait finir la session.
RépondreSupprimerComme mentionné par Liza, la présence à distance influence positivement la perception de soi et d’autres au sein d’un groupe. C’est pourquoi que les trois présences citées par Garrison et al. (2001) mise en valeur en situation d’urgence ou pas seraient contributives chez les étudiants afin de ressentir ce sentiment de « communauté » d’apprentissage si souhaité par l’enseignant.
Il est exact que la mise à distance d’un enseignement ne se conçoit pas du jour au lendemain et que la structure et le dialogue de Moore (2012) ainsi que la présence enseignante de Garrison et al. (2003) contribuent à cette création de présence dans une cours à distance.
La présence enseignante me paraît intéressante à continuer à explorer surtout, car elle met l’accent sur la conception, la facilitation et la direction de processus cognitifs et sociaux dans le but de réaliser des résultats d’apprentissage personnellement significatifs et utiles sur le plan éducatif » (Garrison, 2020).
Bref, cette continuation pédagogique de laquelle on entend parler passe évidemment par des liens éducatifs, mais aussi sociaux. Passe aussi par l’acceptabilité, l’acceptabilité de faire différemment, de mobiliser d’autres opportunités.
Passe également par un travail collaboratif de la part d’experts en pédagogie et des enseignants afin de repenser les manières de faire, de repenser la manière d’évaluer, tout en tenant compte du contexte des étudiants. Bref, passe par un exercice d’apprendre à penser globalement.
Références
Garrison, R. (2020). CoI DESIGN PRINCIPLES REVISITED. [Billet de blogue]. http://www.thecommunityofinquiry.org/editorial25
Garrison, R. (2003). E-learning in the 21st Century : A Community of Inquiry Framework for Research and Practice. Routledge. Récupéré de ProQuest Ebook
Moore, M. G. (2012). Handbook of Distance Education. Routledge. Récupéré de ProQuest Ebook